Afin de bien entamer ce dernier mois hivernal, il était important pour moi de refaire un tour dans l’univers de Metro afin d’y apporter une conclusion épique avec le troisième opus, Metro : Exodus. Un jeu qui a non seulement sublimé la licence en termes de gameplay et de fidélité littéraire mais qui est aussi une ode au voyage et à l’exploration. 

Le mensonge prend l’ascenseur, la vérité l’escalier

La licence de jeu Metro est pour moi l’un des projets les plus sous-côtés dans le secteur du jeu vidéo (je n’ai pas peur de le dire) et avait laissé une marque indélébile dans mes yeux de jeune gamer (comme vous avez pu le constater dans mon article consacré au premier opus). Aussi bien Metro 2033 (2010) que son successeur, Metro : Last Light (2013). Cependant, au moment de la sortie du troisième opus, Metro Exodus, en 2019, j’ai commencé le jeu sans tomber complètement dans l’univers proposé et après moins de 2h de jeu, ce dernier est passé à la trappe au profit d’autres découvertes de l’année comme Death Stranding ou encore Days Gone.

C’est la raison pour laquelle cette fin d’année 2025 et ce début d’année 2026 méritait pour moi un marathon afin de reprendre cette épopée à sa genèse et d’en finir une bonne fois pour toute avec le périple du jeune Artyom. Après plusieurs heures de jeu et les yeux scotchés par le spectacle proposé (et un peu au bord des larmes pour être honnête), voici mon analyse d’un jeu pas comme les autres, toujours aussi criant de vérité sur l’évolution de notre espèce après une apocalypse.

Avant d’aller sur la conclusion de cette saga, il est important de comprendre que je fais un saut volontaire en omettant Metro Last Light, respectivement Metro 2034 pour les lecteurs. Une suite de l’histoire qui se passe un an après les événements du premier et raconte le chemin de la rédemption pour Artyom dans le but de permettre aux Sombres de vivre une meilleure vie après avoir bombardé leur nid. Les sujets abordés dans ce second opus sont très intéressants à analyser. Notamment la complexité du métro, de ses différents partis politiques ou religieux et des créatures présentés qui s’intensifient. Néanmoins, le gameplay de son côté change très peu si ce n’est qu’une légère amélioration en termes de graphisme. Cela est dû à un écart de sortie entre les deux jeux assez court. 7 années séparent Metro Last Light de Metro Exodus, et ce n’est pas pour nous déplaire.

Metro Exodus se déroule en 2035 (respectivement comme le livre Metro 2035), un an après les événements de Metro Last Light. Artyom, désormais marié à Anna et vivant dans le métro de Moscou, est persuadé que la vie à l’extérieur du Métro moscovite est possible et risque sa vie et santé à s’aventurer à l’extérieur dans le but de trouver une réponse à son entêtement. Un risque qui ne plait pas à sa femme et encore moins à Melnik, son supérieur et père d’Anna. Lorsqu’il apprend que la vie humaine continue d’exister à l’extérieur et qu’il existe un espoir de chercher un endroit prospère loin à l’Est du pays, accompagné d’Anna, Melnik et de son équipe de Rangers, Artyom quitte Moscou à bord du train Aurora pour un voyage à travers la Russie post-apocalyptique, à la recherche d’une vie meilleure, en dehors du métro.

Metro Exodus prend une autre direction

Dans son récit, Metro Exodus marque une rupture radicale avec l’allégorie de la caverne qui structurait les deux premiers opus. Dans Metro 2033 et Last Light, Artyom et les survivants du métro de Moscou vivaient littéralement dans une caverne (le métro), symbolisant l’ignorance, la peur de l’extérieur et la manipulation par des idéologies (comme l’Ordre, les nazis et les Communistes). Le métro était à la fois un refuge et une prison mentale, où les personnages croyaient que le monde extérieur était invivable, entretenu par des mensonges et des dogmes. Cette étape transforme Artyom en un héros qui sort de l’ombre (littérale et symbolique). Il passe du statut de soldat obéissant à celui d’un individu qui questionne, explore et choisit son destin. Le jeu ne se contente pas de casser l’allégorie de la caverne : il propose une réflexion sur la liberté, la vérité et le prix de l’espoir, thèmes universels qui résonnent bien au-delà du cadre post-apocalyptique. Le jeu utilise les saisons et les arrêts du train comme métaphores des rebondissements narratifs et des thèmes philosophiques. Chaque environnement reflète une facette de la survie humaine et de la déchéance morale, avec des détails cachés (journaux, dialogues, objets) qui enrichissent l’immersion et invitent à réfléchir sur la condition humaine après l’apocalypse.

Le concept de survie reste cependant le même avec la présence d’un masque à gaz, de munitions, les filtres et les ressources doivent être gérés avec soin (sous peine de se retrouver en territoire hostile sans défense et à la limite de l’asphyxie). Mais cette fois-ci, Metro Exodus pousse les limites techniques avec des environnements encore plus détaillés (brûler des toiles d’araignées avec des araignées qui parcourent mon bras ? Pas dans mes plans), des effets météorologiques réalistes (il est possible d’essuyer son masque à gaz plein de gouttes d’eau ou taché de sang) et une bande-son assez immersive. L’atmosphère oppressante des tunnels laisse place à des paysages grandioses, sans perdre la tension caractéristique de la série. Et le véritable game changer de la saga Metro réside dans la possibilité d’explorer cette Russie apocalyptique de Glukhovsky. Exodus rompt avec le cadre confiné des tunnels du métro de Moscou dans le but d’offrir un voyage à travers le pays, à bord d’un train.

L’art de contempler (avec précaution)

Chaque étape du voyage correspond à une saison (printemps, été, automne, hiver), avec des environnements, des atmosphères et des monstres uniques. Les niveaux de Metro Exodus sont plus ouverts, moins linéaires, et récompensent l’exploration : on y découvre des ressources, des améliorations d’équipement, et des zones secondaires riches en surprises, loin des missions principales. Bien que le chemin parcouru par l’équipage soit linéaire avec un fil conducteur, chaque destination peut être explorée comme un monde ouvert, avec des objectifs principaux et des objectifs facultatifs qui vont demander aux joueurs les plus courageux de s’aventurer dans des lieux très hostiles. 

En termes d’interactions sociales (plus ou moins), le train Aurora sert de hub aussi bien pour les améliorations d’armes que pour les moments de vie avec l’équipage. Les mécaniques de gameplay de Metro Exodus nous plongent un peu plus dans ce voyage à bord du train qui continue son trajet à vive allure. Il est possible de discuter avec ses coéquipiers ou sa femme avant de partir en mission, le tout en buvant un coup ou en fumant une cigarette. Ou tout simplement de contempler les différents paysages parcourues à bord d’un train qui évoluent aussi au fil de l’histoire. Ces moments permettent de marquer une pause entre chaque péripéties mais également de connaître l’état d’esprit de chacun et l’esprit de solidarité et de fraternité qui parcourt ce groupe.

Contrairement aux deux premiers jeux, où les factions étaient interconnectées et souvent hostiles, Metro Exodus présente des communautés isolées, chacune avec ses propres règles et croyances. Ces rencontres (comme celle avec des fanatiques religieux autour d’un lac) ajoutent une dimension sociale et morale : le joueur doit parfois négocier, aider ou affronter ces groupes, ce qui diversifie le gameplay et renforce le réalisme de ce monde. De nombreux mercenaires rôdent à chaque destination et vous aurez le choix d’aller sur le chemin de la violence totale ou de d’être dans l’élimination discrète sans tuer. Des choix moraux s’offriront aussi à vous lorsque vos ennemis, pris de peur par vos talents d’élimination, rendront leurs armes et prieront d’épargner leur vie. Comme les précédents jeux, Exodus utilise un système de « karma » : épargner des innocents, aider des alliés ou éviter les tueries influence la fin. Il existe deux fins principales (bonne et mauvaise), déterminées par les actions du joueur.

Le cycle jour/nuit influence aussi les rencontres : de jour, on croise plus de bandits ; de nuit, les créatures monstrueuses dominent. Et vous l’aurez bien compris, la musique n’est pas la même pour les créatures qui dominent les terres depuis l’apocalypse. Les monstres ne sont plus de simples ennemis à abattre : leur comportement évolue selon l’heure et la saison. Certains fuient quand ils sont en infériorité numérique, d’autres attaquent en meute. Le bestiaire est varié et adapté à chaque environnement, ce qui rend chaque combat unique et stratégique. Le jeu encourage aussi des approches non violentes (furtivité, fuite) pour survivre, surtout la nuit ou dans des zones très dangereuses. La discrétion est recommandée si vous ne voulez pas finir dévoré par une meute de Nosalis ou de Goules, dans le nid d’un Démon (je les hais) ou encore happé dans les marais par un poisson-chat (qui fait la taille d’une baleine). 

Metro Exodus est un jeu brillant qui conclut assez bien l’épopée du ranger Artyom. Il n’est pourtant pas sans défauts. Des problèmes d’interface, un gameplay parfois brouillon, une spatialisation du son confuse, quelques bugs (ma mitraillette qui continue de tirer pendant un dialogue de 3 minutes), des temps de chargement longs. Mais les imperfections d’un jeu, s’il est bien fait dans sa globalité et bien pensé, deviennent tout d’un coup minimes face à l’ambition proposée comme un véritable coup de maître.

Ce qu’il faut retenir de Métro : Exodus

Metro Exodus est une véritable odyssée post-apocalyptique qui allie exploration, survie, narration profonde et liberté de gameplay. Il sublime la formule des deux premiers jeux en ouvrant le monde, en complexifiant les interactions et en approfondissant les thèmes chers à la saga : l’espoir, la peur et la résilience humaine. Ce voyage n’est pas fait pour tout le monde alors si vous avez 16 heures à investir dans une histoire captivante, n’oubliez pas d’acheter un ticket pour l’Aurora (les places se font rares), votre indispensable masque et vous serez fins prêts pour une quête vers un monde meilleur.

Articles similaires