Qui dit nouvelle année dit nouvel article et quoi de mieux qu’un jeu narratif bien ficelé dans lequel le moindre choix que vous faites façonnera votre futur et celui de votre famille. Petit retour sur le jeu As Dusk Falls.

Deux familles, un destin tragique

Les fêtes de fin d’année sont souvent des occasions de grand rassemblement familiaux avec de très bons momeents de patage, de joie et de prospérité. Ces fêtes peuvent également être, dans le cas inverse à une échelle plus ou moins grande, source de conflit intra-familiaux avec des divergences socio-politiques, des traumas d’enfance qui ressortent ou encore des cadeaux de mauvais goût (j’ai encore mon porte-clé ballon de foot offert à mes 7 ans en travers de la gorge). As Dusk Falls, jeu produit en 2022 par les studios de XBOX (INTERIOR/NIGHT), explore cette seconde partie des relations intra-familiaux. À l’exception que l’histoire ne se passe pas spécialement pendant les fêtes, sans conflit politiques et surtout sans cadeaux.

L’histoire prend place en Arizona, à Two Rocks en 1998, où un braquage qui tourne mal dans un motel isolé va forcer deux familles à entrecroiser leur destin et à le changer à tout jamais avec des répercussions sur plusieurs décennies. D’un côté les Walker, une famille en quête d’un nouveau départ avec le père (Vince), la mère (Michelle), leur fille (Zoé) et le grand-père (Jim). De l’autre, les Holt, une famille en crise avec une fratrie allant respectivement de Tyler à Jay, sans oublier Dale, et leurs parents, Sharon et Bear. Entre choix moraux, secrets bien enfouis et les relations familiales analysés sous différents aspects, ce jeu m’a réconcilié avec les jeux à majorité narratif (auxquels j’avais décrochés depuis les jeux The Walking Dead de Telltale).

Un roman graphique interactif

Un des aspects envoûtant dans ce jeu est le style graphique présenté qui diverge totalement d’autre jeux à QTE (des événements qui requiert des actions rapides avec les boutons d’un clavier ou une manette pour le bon déroulement d’une séquence de jeu) déjà testés. On se retrouve face à un hybride entre un roman graphique et un film interactif. Comme une impression de jouer à une BD ou un comics. Quelques exemples sont nécessaires afin d’étayer mon propos. Par exemple, les contours des personnages et des décors sont dessinés avec des traits noirs assez prononcés, comme dans un roman graphique classique du style Sin City. Un choix qui crée un rendu stylisé et dramatique, où chaque scène semble sortie d’une bande dessinée.

La palette de couleur utilisé pour décrire le paysage demeure assez limité avec des tons bleus froids, rouges bordeaux ou encore sépias. Un choix totalement volontaire et symbolique qui permet de mettre en avant la chaleur étouffante de l’Arizona mais également le cycle de la violence et une profonde mélancolie.

Une des failles observées qui constitue aussi sa plus grande force réside dans le manque de mouvements dans le jeu avec des personnages et des décors qui restent assez statiques comme dans une BD. Cependant, plusieurs éléments rendent l’expérience de jeu dynamique et intrigante. Tout d’abord, les plans sont pensés comme un film, avec des gros plans sur les visages pour capter les différentes émotions des personnages, des plans larges pour montrer l’étendue d’un paysage (désert, forêt, grande ville..) et des plans dynamiques qui accentue les situations sous tension.

Les mouvements de caméra ont aussi un rôle important dans la dynamique du jeu avec de nombreux travellings, zooms ou fondus durant les transitions entre les scènes afin d’ajouter plus de fluidité à la narration. Enfin, certaines séquences, comme dans le jeu The Walking Dead, utilisent le motion comic où les images fixes s’animent dans le but de donner vie aux dialogues et aux actions. Ces différents aspects permettent au jeu de livrer son message sans crainte d’incompréhension de la part des joueurs : le style graphique et les émotions des personnage nous immerge totalement dans le jeu, avec un sentiment obsessionnel de vouloir trouver la vérité et le dénouement de cette histoire. L’intimité d’un livre, le dynamisme d’un film, l’interaction d’un jeu vidéo : As Dusk Falls transcende les genres artistiques pour en faire une œuvre unique envoûtante.

Des vies forgées par les traumas 

L’intrigue dans As Dusk Falls est captivante au premier abord, avec une histoire de braquage raté semant le trouble dans la vie de deux familles différentes sur plus de 20 ans avec de nombreux plot twists. Mais ce qui est encore plus intriguant dans ce jeu, c’est le récit qu’il dépeint sur les traumatismes, leurs origines, leurs conséquences, sur la manière dont ils façonnent (et parfois brisent) les liens humains. Chaque personnage voit sa vie bouleversée sur plus de deux décennies par ce violent braquage.

L’histoire commence par un : le braquage du motel. Cet instant de chaos devient le catalyseur des traumatismes pour tous les personnages, qu’ils soient victimes, témoins ou auteurs. Pour les Walker : Le braquage les confronte à la . Vince, le père, doit faire des choix impossibles pour protéger sa famille, ce qui le hante, lui et sa fille Zoe, des années plus tard. En revanche, pour les Holt : La famille est déjà déchirée par la violence et la pauvreté avant le braquage. L’échec de leur plan et ses conséquences aggravent leurs blessures existantes, notamment pour Jay, dont la culpabilité et la honte deviennent des fardeaux insupportables.

As Dusk Falls ne cherche pas à glorifier la violence ou à simplifier la souffrance. Au contraire, il montre tout simplement que les traumatismes ne disparaissent pas, mais on peut apprendre à vivre avec. Personne n’est tout à fait innocent ou coupable : chaque personnage a ses failles, ses regrets et ses moments de grâce. La rédemption est possible, mais elle exige du courage, voire parfois de .

Que retenir de As Dusk Falls

As Dusk Falls prouve qu’un jeu narratif peut être tout aussi captivant qu’un blockbuster d’action. C’est une expérience cinématographique et interactive, idéale pour ceux qui aiment les histoires riches et les émotions fortes, même sans gameplay traditionnel. Pour une durée d’environ 8h de jeu, ne passez pas à côté de cette histoire qui pourrait vous sembler plus familière que vous ne le pensez. 

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