À l’approche de Noël, rien de mieux pour égayer sa journée qu’un jeu aux allures de thriller policier avec une trame et une ambiance qui pourrait presque faire pleurer de joie le défunt écrivain dystopique Georges Orwell. Voici le décryptage de Karma : The Dark World.

« Le crime de pensée est la mort »

Karma : The Dark World est un jeu vidéo narratif développé par le studio chinois Pollard et édité par Wired Productions et Gamera Games, sorti en mars 2025. Si vous ne connaissiez pas ce studio, inutile de faire des recherches, leur pedigree se résumant à… Karma. Dans cet univers, le joueur prend les traits d’un personnage tourmenté (dont le nom varie selon les sources, souvent appelé Kael), plongé dans une intrigue où mémoire, identité et vérité sont remises en question. L’objectif du jeu est de percer les secrets d’un monde où et où chaque choix a des conséquences morales et narratives.

Bien entendu enquêter dans une société totalitaire n’est pas une tâche facile. La surveillance y est omniprésente, la mémoire manipulée, et la réalité se déforme sous l’influence d’une corporation toute-puissante, la Leviathan Corp. L’histoire explore des thèmes comme la surveillance de masse, la liberté d’expression, la manipulation mentale, et la quête de sens dans un univers où rien n’est ce qu’il semble être. Au cours du jeu, Kael devra également lever le voile sur son passé mystérieux, à ses risques et périls. Le jeu conduit le personnage à travers des enquêtes, des rencontres troublantes, et des découvertes choquantes, le tout dans une ambiance où la frontière entre réalité et illusion est une fine ligne.

Le Karma, chaque choix compte

Si Karma : The Dark World possède une narration de très grande qualité, c’est en partie grâce à son gameplay et son game design qui apportent une couche d’immersion supplémentaire. En effet, dans le jeu, aucune interface n’est disponible donc aucune information sur le niveau de vie du personnage, la quête principale ou les endroits à visiter. Cela  plonge le joueur dans l’univers dystopique sans filet de sécurité. L’identification à Kael se fait plus rapidement avec un fort impact émotionnel sur ses choix narratifs. On vit à travers lui avec ses doutes et ses peurs, ce qui rend les révélations et les dilemmes bien plus percutants et lourds de sens. Au niveau de l’exploration, de nombreuses énigmes sont intégrées à l’histoire (déchiffrer des messages, résoudre des puzzles liés aux souvenirs de Kael…). Chaque solution apporte un morceau de l’intrigue ou un éclaircissement sur le passé du protagoniste. On obtient donc une histoire assez active qui nous tient en haleine au fur et à mesure que l’on résout les différentes énigmes.  Les documents cachés sont aussi très importants et permettent d’élargir le lore du jeu et les motivations cachées de certains personnages. 

En ce qui concerne le game design, les décors de Karma : The Dark World sont sombres, oppressants, remplis de symboles et de détails (gravures sur les murs, reflets de sang ou de magie noire, éclairages angoissants). Le jeu utilise l’Unreal Engine 5 pour créer des environnements visuellement saisissants, entre rues humides, néons grésillants et architectures dystopiques. La musique et les effets sonores renforcent l’immersion, avec des morceaux tantôt mélancoliques, tantôt angoissants. Pour une immersion totale, le casque est vivement recommandé. L’ambiance sonore nous transmet les émotions de Kael (peur, désespoir, espoir) sans dialogue, ce qui rend l’expérience cinématographique et immersive. Le jeu est un cocktail réussi avec de l’horreur psychologique et du thriller dystopique. On se sent constamment observé, et la frontière entre réalité et illusion devient floue.

Pour couronner le tout, le jeu vous oblige à faire des choix moraux riche en conséquences. Les décisions de Kael ont un réel impact sur le déroulement de l’histoire et les fins possibles. Des choix qui sont souvent ambigus (je ne pense pas qu’il y ait de bonnes ou de mauvaises personnes), ce qui reflète bien les thèmes de culpabilité, de rédemption ou encore de sacrifice. 

Il existe cependant des failles dans le gameplay qui peuvent nuire à l’immersion comme sa rigidité ou sa répétitivité dans certaines séquences du jeu (notamment les phases d’infiltation ou de combats). Le jeu est assez linéaire avec un monde peu ouvert , donc très peu de liberté d’exploration et d’observation, ce qui aurait été un grand plus dans un univers aussi riche. 

Une ambiance entre Orwell et Lynch

Très tôt dans Karma : The Dark World, on se rend compte des inspirations les plus marquantes qui rendent ce jeu assez exquis. Une œuvre en particulier : 1984 de Georges Orwell. On y trouve une forte comparaison entre Big Brother et La Leviathan Corp qui est qualifiée à certains moments dans le jeu de « Mère« . En effet, la corporation omniprésente agit comme une entité maternelle déformée : elle contrôle, nourrit (voire étouffe) ses « enfants » (les employés/citoyens), et impose une obéissance totale. Elle incarne une maternité toxique, où la « protection » se transforme en surveillance et en lavage de cerveau

Côté vocabulaire, les mots sont vidés de leur sens et les personnages répètent des slogans creux (« Pour le bien de la Corporation »), comme les formules utilisées par le Parti dans 1984 (« La guerre, c’est la paix »). La Leviathan Corp utilise des dans les bureaux et les rues, comme « La conformité est la liberté » ou « La Corporation veille sur vous ».

Mais le jeu ne s’arrête pas là et tire son ambiance et certains décors d’une autre oeuvre, cette fois de David Lynch (ce n’est pas de ma faute si Lynch était une aussi grosse pointure pour autant se retrouver dans mes décryptages). Comme dans Twin Peaks, le jeu alterne entre une réalité oppressante (la ville sous contrôle de la Leviathan Corp) et des séquences cauchemardesques où la logique est déformée, rappelant les rêves de l’Agent Cooper ou la Loge Noire. De plus, Twin Peaks utilise l’horreur subtile (la peur de l’inconnu, la folie, les entités invisibles). Karma : The Dark World fait de même. Le jeu mise sur une peur atmosphérique plutôt que sur des jump scares. L’angoisse vient de l’incompréhension, de la paranoïa, et de la perte de repères, comme dans les scènes les plus angoissantes de la série (comme la loge rouge ou les rêves de Cooper).

L’esthétique visuelle et sonore de Karma reprend également le côté rétro et cauchemardesque de Twin Peaks avec des bureaux sinistres, des couloirs interminables, et plus globalement la sensation d’être dans une ville à la fois vivante et menaçante. Sans oublier la bande-son avec des sonorités industriels qui nous rappelle les travaux du grand Angelo Badalamenti qui créent une tension constante et dérangeante en utilisant des boucles sonores. Comme une impression d’être dans une spirale infernale avec la sensation d’avancer d’un pas et de reculer de 5.

Que retenir de Karma : The Dark World ?

Si vous aimez les histoires sombres, les univers dystopiques, et les jeux qui mêlent horreur psychologique et réflexion philosophique, Karma : The Dark World est une expérience unique. En plus d’être assez court avec environ 8h de jeu max, il est très intense, avec une mise en exergue sur l’immersion, l’ambiance, et une narration intelligente. Alors enfilez-votre casque, prenez un bouquin de Georges Orwell comme notice et ploingez-vous dans le totalitarisme de la Leviathan Corp.

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