Cette semaine, nous allons parler d’une saga qui m’a complètement retourné le cerveau: Alan Wake. Un thriller sombre et captivant en deux parties qui regorgent de surprises et d’amour pour l’œuvre de David Lynch. Ces deux jeux se hissent déjà dans mon top 5 des meilleurs jeux testés dans ma vie et ne sont pas 5e.
Lors d’une courte retraite dans les Hautes-Alpes afin de profiter de l’air montagnard, d’un paysage bruni par la teinte des feuilles et de la chaleur d’un bon feu de cheminée, j’ai été traversé par une sensation particulière: celle d’être dans un film policier dans un village isolé avec peu d’habitants remplies de nombreux secrets. Est-ce parce que j’ai commencé un nouveau jeu vidéo qui s’appelle Alan Wake? En grande partie mais pas totalement (nous y reviendrons plus tard). Cette série de jeux, signée par le studio finlandais Remedy Entertainment (qui d’autre?), est une masterclass qui restera gravée dans ma mémoire. Il me semblait donc important d’en parler pour vous inciter à faire le même voyage que moi dans cet univers à la fois macabre et fantastique qui n’a rien à envier aux grands films/séries policiers cultes. Promis, les spoilers se feront tout petit.
« Alan, Wake Up ! »
Pour bien comprendre l’univers particulier d’Alan Wake, il faut d’abord connaître son histoire. Le premier opus, sorti en 2010, relate l’histoire d’un écrivain en manque d’inspiration qui décide de prendre des vacances avec sa femme à Bright Falls, petite bourgade dans l’état de Washington qui a gardé son allure de fin des années 80 avec une flore déconcertante. Lorsque sa femme disparait dans de mystérieuses circonstances, Alan décide de tout faire pour la retrouver et se rend compte que cette disparition va bien au-delà de ce qu’il pourrait imaginer et que ses talents d’écrivain peuvent transgresser la barrière de la fiction et semer le trouble dans le village.
À sa sortie, le premier opus a marqué l’industrie en mêlant horreur psychologique, récit méta-narratif et hommages à Stephen King. Le jeu mêle habilement horreur psychologique et récit méta-narratif. L’histoire d’un écrivain en crise confronté à une réalité déformée par ses propres mots est une exploration fascinante de la création artistique et de la folie. Alan Wake joue avec les codes du thriller et de l’horreur, tout en intégrant des éléments de réalité “malléable » (notamment avec les pages du manuscrit qui se réécrivent, les événements qui se modifient). À cela vous ajoutez une ambiance sonore et visuelle de qualité avec les bruits dans la forêt de Bright Falls, la bande-son angoissante et les jeux de lumière qui définissent une esthétique horrifique mémorable.
Au niveau du Gameplay, la mécanique de combat basée sur la lumière (affaiblir les ennemis avec une lampe torche avant de les éliminer) était inédite. Quant à son influence, on peut retrouver Alan Wake dans de nombreux jeux. Tout d’abord, ce dernier a popularisé l’idée de raconter une histoire comme une série TV, avec des cliffhangers, des récapitulatifs et surtout un générique de fin pour chaque chapitre, ce qui nous donne l’impression de jouer à une série Netflix (“Toujours debout? Prêt à jouer à un nouvel épisode ?”). Beaucoup de jeux modernes ont adopté cette approche comme Quantum Break, Until Dawn ou The Quarry. Ensuite, peu de jeux avant Alan Wake avaient fait de la lumière une arme aussi centrale (Obscure 1 et 2, je ne vous oublie pas). Cette idée a été reprise dans The Evil Within ou Dying Light.
Mais malgré ses nombreuses qualités et une version remasterisée réussie, le premier jeu souffre d’un monde peu développé , de personnages secondaires parfois peu approfondis, et d’un gameplay qui pouvait devenir répétitif (beaucoup de courses dans les bois, peu d’exploration libre).
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Alan Wake 2 : le retour
On dit assez souvent que la suite d’une saga perd en force et en efficacité (parmi tant d’exemples au hasard il y a Matrix : Reloaded, L’âge de Glace 2 ou encore Les Visiteurs 2). Mais la saga Alan Wake a su utiliser le temps et les technologies à son avantage afin de délivrer un second opus qui pourrait presque faire oublier le premier de par son aspect avant-gardiste, novateur et surtout très intelligent dans son écriture. Ainsi Alan Wake 2, sorti en 2023, pousse la narration encore plus loin en introduisant une structure avec deux protagonistes : Alan Wake et Saga Anderson, agente du FBI dont l’histoire est interconnectée à celle d’Alan. Le scénario explore des thèmes comme le temps, la dualité, et la lutte contre une entité maléfique, le tout avec une écriture mature et des dialogues percutants. L’utilisation de la « Boîte à Horreurs » (une dimension alternative) et des mécaniques de « réécriture de la réalité » renforcent l’immersion narrative.
Pour moi, Alan Wake 2 surpasse le premier et de très loin. La narration y est encore plus ambitieuse que dans le précédent opus. Le jeu alterne entre Alan Wake et Saga Anderson offrant deux perspectives et deux styles de gameplay différents, ce qui enrichit l’histoire et permet une immersion plus profonde dans l’univers. Quant au scénario, il explore la dualité, la folie, et la lutte contre une entité maléfique avec une écriture plus mature et des dialogues percutants. Les choix narratifs et les retours en arrière renforcent l’aspect « thriller psychologique ». Enfin, le jeu développe davantage l’univers de Bright Falls et de la Boîte à Horreurs, avec des personnages plus charismatiques et de nouveaux lieux plus variés.
Le Gameplay a également été amélioré et diversifié avec des mécaniques de combat retravaillées: combats plus fluides, avec des ennemis plus intelligents et des rencontres moins nombreuses mais plus stratégiques. La gestion de la lumière et des armes est plus intuitive, et chaque boss demande une plus grande réflexion. Contrairement au premier jeu, Alan Wake 2 a su gommer le manque de développement de son univers en offrant des zones semi-ouvertes, permettant au joueur de revenir en arrière, d’explorer, et de résoudre des énigmes à son rythme. Les phases d’enquête (notamment avec Saga) ajoutent une dimension policière supplémentaire qui rappelle des séries comme True Detective ou Mindhunter. Les énigmes, présentes tout le long du jeu, sont mieux intégrées à l’histoire, et les mécaniques de “réécriture de la réalité” (comme les séquences dans l’Antre mental de Saga ou dans la pièce de l’écrivain d’Alan) ajoutent une couche de profondeur inédite.
Mais la plus grosse claque de ce jeu reste l’aspect graphique. Je n’ai pas les mots pour décrire ce que j’ai vu mais comme disait Eric dans la Tour Montparnasse infernal “c’est de toute beauté !”. Le jeu utilise le path tracing, une technique de lancer de rayons pour déterminer l’illumination globale d’une scène 3D, pour des effets de lumière et d’ombre réalistes, créant une ambiance encore plus immersive et angoissante. Les décors (forêts, villes, dimensions alternatives) sont sublimes et renforcent l’atmosphère horrifique. Une mention spéciale au passage « Herald of Darkness » qui est un moment de génie pur, un ovni narratif et artistique qui reste pour moi, à ce jour, du jamais-vu dans le jeu vidéo. Alan Wake 2 joue avec les codes du jeu vidéo et pousse le joueur à remettre en question tout ce qu’il voit. À cela vous ajoutez l’entremêlement des phases de jeu animées et des séquences en live-action (avec de vrais acteurs) avec une touche de fluidité incroyable entre les différentes scènes et on obtient une immersion rarement vu dans un jeu vidéo.
Ce qui fait la particularité de cette saga (Anderson ? C’est bon, j’arrête), c’est qu’il va bien au-delà de l’État de Washington. En effet, comme Alan Wake l’a si bien résumé dans le premier opus, “Ceci n’est pas un lac, c’est un océan”. Dans un précédent article, je mentionnais une autre pépite de Remedy nommé Control, qui est étroitement lié à Alan Wake car leurs histoires se situent dans le même univers. C’est ce que l’on appelle Le RCU (Remedy Connected Universe). Autrement dit, l’histoire d’Alan Wake va bien plus loin que Bright Falls et implique des personnages visibles dans Control avec la récurrence du concierge Ahti ou les membres du BFC comme Emilia Estevez qui enquêtent sur Alan Wake et l’Antre Noir. Ces apparitions ajoutent non seulement plus de profondeur à la saga Alan Wake mais aussi au jeu Control. Un parfait exemple de comment bien exploiter les crossovers dans des jeux.
Alan Wake, l’adaptation déguisée de Twin Peaks
Une des grandes raisons de ma sensation particulière lors de mon séjour champêtre est principalement expliqué par la transposition du jeu Alan Wake sur le village dans lequel j’étais et par la même occasion les références évidentes en termes de cinématographie qui me sont venues à l’esprit. Bien que les phénomènes paranormaux présents dans cette saga peuvent faire penser à des séries cultes comme X-Files ou encore Fringe, des exemples déjà donnés comme référence pour Control également (étonnant, non ?), les références les plus flagrantes sont celles faites à Twin Peaks, qui sont omniprésentes et très intentionnelles. Diffusé pour la première fois en 1989, Twin Peaks, situé dans l’État de Washington (Coïncidence ? Je ne pense pas) suit l’enquête de l’agent du FBI Dale Cooper afin de trouver le meurtrier de l’adolescente Laura Palmer. Une affaire qui va secouer la paisible ville de Twin Peaks (en apparence) et ses nombreux secrets.
Sam Lake et Remedy Entertainment ont toujours montré de façon assumée leur admiration pour l’œuvre de David Lynch, et ces clins d’œil ne sont pas là par hasard : ils renforcent une atmosphère mystérieuse, onirique et parfois dérangeante dans ces jeux. Dans Alan Wake, la ville de Bright Falls est un hommage direct à Twin Peaks. Comme la ville de David Lynch, Bright Falls est un lieu en apparence paisible, mais qui cache des secrets sombres, des disparitions inexpliquées et une communauté de personnages excentriques. L’atmosphère de « ville maudite » est renforcée par les forêts environnantes, les cafés typiques et les habitants aux comportements étranges. Quant à la Loge Noire (Black Lodge dans Twin Peaks), elle devient la Forêt de Cauldron Lake dans Alan Wake, un lieu où la réalité se déforme et où des entités maléfiques rôdent. Les deux univers partagent cette idée d’un espace naturel qui est aussi une porte vers une autre dimension.
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On peut également retrouver une certaine similarité au niveau des personnages. Tout d’abord Alan Wake lui-même. Car comme l’agent Dale Cooper dans Twin Peaks, Alan Wake est un outsider, un écrivain new-yorkais qui arrive dans une petite ville et se retrouve plongé dans une intrigue paranormale. Il a même une obsession pour le café et une tendance à se parler à lui-même, comme Cooper avec son magnétophone. Barry Wheeler, l’agent d’Alan, s’apparente plus à Harry S. Truman, le shérif de Twin Peaks et bras droit de Cooper, par son côté protecteur et terre-à-terre. L’agente Saga Anderson (Alan Wake 2) a elle aussi des traits de l’agent Cooper : intuition aiguisée, sens de la déduction, et une relation particulièrement complexe avec le surnaturel. Enfin des personnages comme Robert Nightingale ou Cynthia Weaver (dans Alan Wake 2) évoquent Bob, l’entité maléfique de Twin Peaks, par son rôle de force obscure et manipulatrice.
L’ambiance sonore dans le jeu est tout aussi importante que dans la série. La bande-son de Alan Wake utilise des guitares électriques planantes et des mélodies mélancoliques, très proches de l’atmosphère musicale de Twin Peaks (composée par Angelo Badalamenti). Les silences pesants, les bruits de forêt et les musiques angoissantes créent une tension similaire. De plus, certaines musiques ou sons rappellent les thèmes récurrents de Twin Peaks, comme « Laura Palmer’s Theme », avec des notes répétitives et hypnotiques.
Mais les références peuvent parfois être plus frontales. Cela peut être dans les lieux comme le diner de Bright Falls qui rappelle le RR Diner de Twin Peaks (aussi bien dans le nom que dans le décor) et la station de radio locale et ses annonces bizarres sont un clin d’œil aux émissions de radio de Twin Peaks. Mais aussi dans les dialogues avec certains personnages qui citent Twin Peaks ou y font des allusions claires. Par exemple, dans Alan Wake, Barry Wheeler dit : « C’est comme dans ce vieux show… Twin quelque chose » en parlant des événements étranges. Une phrase qui renforce l’idée d’un jeu qui serait un hommage assumé au scénariste David Lynch.
Autrement dit, ces références ne sont pas là juste pour amuser la galerie : elles renforcent l’immersion et donnent aux joueurs l’impression de plonger dans un univers familier, tout en explorant quelque chose de nouveau. Alan Wake et Twin Peaks partagent une même esthétique du mystère, où rien n’est jamais totalement expliqué, et où l’ambiance prime sur les réponses claires.
Que retenir de la Saga Alan Wake ?
Si tu es fan de Twin Peaks, Alan Wake et Alan Wake 2 sont des jeux faits pour toi. Avec une durée de jeu moyenne 29 heures pour les plus observateurs, cette saga capture l’essence de la série, son étrange beauté, ses personnages mémorables et son horreur psychologique tout en y ajoutant une touche interactive et ludique. Alors faites-vous une bonne tasse de thé, mettez votre casque et préparez-vous à une aventure à couper le souffle.

Joueur du dimanche qui zigzague entre tous les genres allant de FIFA à…PES (des goûts de qualité, que dire de plus ?). Grand fan de musique depuis le ventre de ma mère (D’ailleurs, je n’écoute plus de musique depuis ma naissance). Plus sérieusement, ce qui me passionne c’est de partager mon ressenti à travers des articles. À la plume, à la deux, à la trois !










