Fruits Basket est une série dont j’avais entendu parler depuis longtemps, souvent citée comme l’une des meilleures série « tranches de vie quotidiennes » ou slice of life en anglais. Etant plutôt friand du genre, j’avais ajouté l’anime sur ma watchlist sur Crunchyroll jusqu’à ce que j’entame ce nouveau voyage où je suis, au moment d’écrire ces lignes, à mi-chemin de la deuxième saison qui en comporte trois.

Du manga à l’anime Fruits Basket

Le manga en 23 volumes d’où est tiré l’anime a été publié entre juillet 1998 et novembre 2006 au Japon et écrit par la mangaka Natsuki Takaya dont c’est la principale série avec Liselotte et la forêt des sorcières. En France, il est publié en intégralité chez les éditions Akata/Delcourt. À noter qu’une suite, Fruits Basket Another (entre 2015 et 2019, en 4 volumes) se déroule des années après dans le même lycée que les personnages que l’on va découvrir dans la suite de cette chaude recommandation de l’anime Fruits Basket.

L’anime, justement, a connu une première adaptation dès 2001 par le Studio Deen (dont les séries comme Lamu ou Ramna ½ sont bien connus des darons et daronnes de ma génération) avec 26 épisodes basés sur les 6 premiers volumes et réalisé par Akitaro Daichi. Puis, la série a connu un reboot produit par l’illustre TMS Entertainment (héritière notamment de la Tokyo Movie Shinsa où de nombreux réalisateurs et séries ont été à l’origine de l’explosion de l’animation japonaise en France avec ses séries comme Heidi, Lady Oscar, Rémi sans famille, Cobra, Sherlock Holmes ou encore Détective Conan). Cette nouvelle adaptation est réalisée par Yoshihide Ibata, se compose de 63 épisodes diffusés entre 2019 et 2021 et disponible en France sur Wakanim, ADN et donc Cnruchyroll (également en DVD chez Kana Home Video).

L’histoire de Fruits Basket

Fruits Basket se concentre sur le personnage de Tohru, lycéenne de 16 ans au début de l’histoire, orpheline déjà de son père et qui vient de perdre sa mère l’année précédant le début de l’histoire. Alors qu’elle vit seule sous sa tente de fortune, une tempête arrive et ravage son habitat et elle décide d’explorer le terrain autour d’elle pour s’apercevoir en arrivant à une maison qu’il appartient à la famille Sôma. Elle rencontre alors Shigure, adulte de 26 ans, écrivain qui vit avec Yuki adolescent qui fréquente la même classe que Tohru. Constatant les malheurs de la jeune fille, Shigure lui propose de l’héberger en échange de tâches ménagères. Ce nouveau foyer sera complété très rapidement par un autre membre de la famille Sôma, Kyö, qui va lui aussi retrouver le chemin du lycée et intégrer la même classe que les deux autres.

Mais, très vite, en vivant avec eux, Tohru est confrontée au secret de la famille Sôma et la malédiction qui empoisonne la vie de 13 de ses membres. En effet, ils se transforment en l’un des douze animaux du zodiaque chinois (ainsi qu’en chat), lorsqu’une personne du sexe opposé se jette à leur cou ou lorsqu’ils se sentent gênés, ou encore affaiblis. Ils peuvent redevenir humains au bout d’un moment mais complètement nus ce qui occasionne de nombreux moments gênants notamment pour Tohru.

La légende des douze animaux

Avant d’aller plus loin, histoire de bien comprendre comment la dynamique entre les personnages se construit, parlons de la légende des douze animaux qui est racontée à Tohru dans la série. Le dieu des animaux décida, un jour de convier les animaux à un grand banquet qui aurait lieu le lendemain en leur précisant de ne pas être en retard. Le rat, mentit au chat, son voisin en lui disant que la fête aurait lieu le surlendemain. Ainsi tous les animaux sauf le chat allèrent au banquet et les douze premiers arrivés furent récompensés par le dieu des animaux et formèrent les douze signes zodiacaux chinois : le rat qui était monté sur le dos du bœuf sauta de son dos pour arriver en premier à la fête, puis donc le bœuf, le tigre, le lapin, le dragon, le serpent, le cheval, le mouton, le singe, le coq, le chien, et enfin le sanglier.

Tohru, fait donc la connaissance en premier de Shigure, le chien, Yuki le rat et Kyö le chat, ces deux derniers se détestant notamment en raison de l’histoire de leur signe. Elle finira d’ailleurs par rencontrer tous les membres maudits d’une famille bien plus vaste que ces treize membres qui est dirigée et sous la coupe du ténébreux Akito.

Un shojo à la croisée de Max et Compagnie et Ranma ½

Si le récit est une tranche de vie lycéenne dans ses grandes largeurs, la pointe de fantastique apporté par la transformation en animal des personnages de la famille Sôma m’a fait penser à deux autres séries plus anciennes. Tout d’abord, Max et Compagnie où les membres de la famille de Max sont tous dotés de capacités paranormales. Mais, surtout par le triangle amoureux formé par Max, Sabrina et Pamela, miroir inversé de celui incarné par Tohru, Yuki et Kyö. L’autre série est bien sûre, Ranma ½ notamment par la transformation en animaux et toutes les situations inconfortables et drôles que ça peut générer. La loufoquerie de certains personnages, notamment le grand frère de Yuki, Ayame (signe du serpent) ou encore Kagura (signe du sanglier), amoureuse de Kyö depuis son enfance, développe cette filiation.

Il y a aussi la présence des deux amies fusionnelles de Tohru. Arisa Uotani, une ancienne délinquante qui avait pris pour modèle la mère de Tohru, Kyoko, elle-même cheffe de bande en son temps, avant de la découvrir en mère poule. Et Saki Hanajima, à la réputation de sorcière, qui possède de légers pouvoirs extra-sensoriels en captant les ondes émises par les pensées des autres. Ces deux chouettes amies volent toujours au secours de Tohru et étoffent une galerie très impressionnante de personnages.

Une animation et un character design au service d’un récit poétique

Servi par un très joli character design et une animation assez classique, des décors plutôt agréables et variés, la réussite du passage à l’anime tient beaucoup à la variété et la poésie du cadre dans lequel se déroule l’histoire. Chaque personnage a ses propres caractéristiques, bien distinctes les unes des autres, facilitant la reconnaissance et leur spécificité. Les réactions des personnages, notamment de Tohru, sont parfois très drôles visuellement et renforcent l’attachement à tous les personnages.

Mais derrière le personnage de Tohru, quasi archétype de la jeune fille empathique, altruiste, gentille, naïve, celle qui fait passer les besoins des autres avant les siens, se cache une vraie dynamite pour la famille Sôma. À son contact, toutes les lignes et les relations, notamment, entre les membres maudits vont se transformer sans qu’elle en ait vraiment conscience ou avec une réelle intention à l’origine. On comprend vite également qu’elle joue, peut-être, une partition mystérieuse pour l’un des membres maudits.

Il y a vraiment une réelle complexité qui se noue au fil des épisodes autour des rapports amoureux, amicaux, filiaux mais aussi de domination. Chaque personnage a sa propre trajectoire narrative qui bouge au gré de celle des autres personnages, notamment celle de Tohru qui s’affirme au fur et à mesure des épisodes. Ces derniers sont d’ailleurs des morceaux pris çà et là de la vie des adolescents, les faisant grandir, leur donnant des leçons de vie. L’ensemble fait cependant rarement un bloc ou un arc narratif à part entière excepté au début de la saison 2.

La violence et douceur : une exploration des émotions humaines

Le rythme de la série est plutôt lent et contemplatif mais sous cette apparente douceur se cache une violence sourde, parfois extrême dans les traumatismes reçus par tous les personnages de la série, maudits comme humains ordinaires. Ils décrivent une société japonaise qui manque clairement d’empathie et fait preuve d’une réelle cruauté envers ses propres enfants.

Ce qui fait la force de la série et qui m’a tiré la larmichette à de nombreuses reprises, c’est la force de ces personnages qui sous le poids de leur psyché abimée cherchent à trouver le chemin de leur résilience. Et qui, au-delà de l’éventail riche en émotions que l’anime procure, propose une réflexion profonde et une exploration magnifique tout en contrastes, clairs et obscurs, de l’âme humaine.

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