Dans une fin de 21e siècle où les musées occidentaux refusent de restituer leurs œuvres pillées, le jeu Relooted, créé par le studio sud-africain Nyamakop réinvente le jeu de braquage sous le prisme de la justice historique et de la non-violence. Loin des infiltrations militarisées habituelles, ce titre afrofuturiste vous charge de rapatrier de véritables trésors africains vers une Johannesburg hyper-technologique. En substituant l’affrontement armé par une planification minutieuse et un parkour frénétique, le jeu axe la question de la décolonisation par l’esquive de la violence, transformant la réparation du passé en une expérience vidéoludique aussi politique que vertigineuse.

Ça parle de quoi Relooted ?

Relooted nous situe dans le monde de la fin du 21ème siècle, alors que des traités de récupération transatlantique ont été rompus par des musées occidentaux. Le jeu nous donne la mission de restituer 70 véritables artefacts africains dissimulés dans des réserves sécurisées.

Nous incarnons Nomali, une gymnaste sud-africaine chargée du rapatriement de ces artefacts accompagnés d’une équipe de citoyens ordinaires proposant des capacités nous permettant de préparer au mieux nos braquages. L’objectif de Relooted est ainsi simple : faire passer un message politique au sein d’un jeu vidéo ambitieux.

La réalité du pillage culturel au centre du jeu

En jouant au jeu, l’un des aspects les plus marquants est que les artefacts que nous devons récupérer n’ont rien de fictif, ce sont de véritables objets africains. Parmi les pièces présentes dans le jeu figure le masque en or Ashanti, associé à l’ancien empire Asante du Ghana et aujourd’hui conservé à Londres. Le jeu évoque également le cas du crâne de Mangi Meli, chef tanzanien exécuté par les colons allemands dans les années 1900 et dont les restes furent emportés en Allemagne. Ces objets ne servent pas uniquement de récompenses de mission : Relooted contextualise leur histoire, leur provenance et les circonstances de leur déplacement vers l’Europe ou l’Amérique du Nord.

Artefacts

Le jeu intègre aussi des pièces emblématiques comme des statues en bronzes du Bénin, la statue de la reine Bangwa du Cameroun ou encore des coiffes cérémonielles Ejagham. Ces artefacts, bien connus dans les débats sur la restitution du patrimoine africain, donnent au jeu une portée éducative rarement vue dans le médium vidéoludique. En associant parkour et infiltration à un travail documentaire assumé, Relooted approfondit le lien entre jeu vidéo et histoire afin de servir à la fois de vecteur de divertissement mais également de vecteur politique sur ces œuvres africaines n’ayant pas été rendus aux pays auxquels ils appartiennent.

Comme un air de Metal Gear

C’est un choix assumé par le studio Nyamakop, celui de refuser que les récupérations des artefacts se fassent dans la violence. Le concept de braquage ne conduit pas pour autant les joueurs à devenir des mercenaires armés, ou des justiciers violents. L’expérience des braquages reposent sur l’infiltration, la planification et le parcours à l’aide de gadgets et en partant d’une boussole simple : la furtivité.

En supprimant la violence de l’équation, Relooted évite un piège narratif évident : celui de faire passer son propos pour une revanche agressive ou un fantasme de vengeance postcolonial alors que le message du jeu est bien plus nuancé : il n’est pas question de détruire ou de punir, mais de réparer symboliquement une injustice de l’histoire. L’objectif du jeu est ainsi à la fois d’éduquer le grand public à cette question souvent méconnue mais également d’apporter un message constructif à l’heure où la coopération internationale progresse dans le monde réel pour rendre ces œuvres à leurs pays respectifs.

Dans un jeu d’action classique, la violence tend souvent à simplifier les enjeux moraux : il existe un ennemi à abattre et un héros à glorifier. Relooted, au contraire, pousse davantage à réfléchir. En privilégiant la discrétion et l’intelligence plutôt que la confrontation physique violente, le jeu pousse à la réflexion. La non-violence agit alors comme une source d’apaisement dans un jeu qui fait contraster ces propres phases de jeu entre le calme de la planification, la prudence des braquages et la frénésie des fuites de fin de niveaux.

Colonialisme à la sauce Afrofuturiste

C’est un des aspects les plus troublants de ce jeu, le choix d’une esthétique futuriste pour un jeu dont l’histoire se concentre sur un passé colonial. Au lieu de replonger le joueur dans le 19ème ou le 20ème siècle, le studio Nyamakop a opté pour une direction artistique futuriste qui s’accompagne de villes ultramodernes, de technologies avancées, de gadgets high-tech et d’une ambiance proche de la science-fiction dite afrofuturiste servant ainsi de nouvelle déclinaison politique au jeu, se réappropriant également des codes futuristes qui sont souvent peu représentatives des populations et cultures africaines et en inversant également la tendance instaurer même par le jeu : mettre en avant les cultures africaines par leur futur plutôt que par leur passe.

Futurisme

Cette direction artistique permet également de replacer les artefacts dans leur réalité, ils ne sont plus uniquement des reliques, ils deviennent des œuvres qui s’inscrivent dans le présent mais également dans le futur d’un pays. Relooted rappelle une idée forte, la restitution de patrimoine africain ne consiste pas seulement à réparer une injustice du passé, mais aussi à redéfinir l’avenir. Un parti pris visuel qui permet au jeu de se démarquer et d’éviter le ton purement académique ou mémoriel que son sujet aurait pu imposer.

Au-delà de son gameplay d’infiltration, Relooted s’impose comme une œuvre disposant d’une forte portée culturelle et politique. Grâce à ses artefacts inspirés d’objets réels, sa non-violence assumée et son esthétique afrofuturiste, le jeu dépasse le simple médium de divertissement pour interroger l’héritage colonial et la question de la restitution culturelle. En mêlant mémoire du passé et vision du futur, le studio Nyamakop propose un jeu qui permet à la fois de mettre la main sur un gameplay authentique mais également de plonger dans une question historique complexe, dans un équilibre maitrisé qui rend l’ensemble vraiment agréable.

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